Tribune : Pour la dignité et la protection des personnes trans exilées

Dans de nombreux pays, la répression contre les personnes trans s’intensifie. En Russie, elles sont légalement agressées et discriminées ; en Égypte, elles font face à des arrestations arbitraires ; aux États-Unis, plusieurs lois restreignent leur accès aux soins et les exposent à des violences institutionnelles. Ces exemples ne sont qu’un aperçu d’une violence grandissante à l’échelle internationale. Bien que la France n’échappe pas à ces politiques transphobes s’inscrivant dans une extrême-droitisation globale, ces violences poussent à l’exil et à déposer des demandes d’asile fondées sur l’identité de genre.
Les conditions d’accueil des personnes trans, déjà soumises à des oppressions spécifiques, continuent pourtant de se dégrader. Des évolutions urgentes doivent advenir sous l’impulsion de politiques publiques plus justes. 

Un meilleur accès à des logements décents et sécurisés

Les personnes trans, en particulier transféminines, subissent discriminations et violences dans leurs lieux d’hébergement, parfois même de la part des travailleur·ses sociaux·les, provoquant une insécurité psychologique qui aggrave leur précarité matérielle.  

Conformément au « plan vulnérabilités » de 2021, 200 places LGBTQI+ ont été réservées dans l’hébergement spécifique aux demandeur·euses d’asile. Dans ce cadre, en 2024, des CADA en ont dédié 49 aux personnes trans, associées à quelques formations pour le personnel. Ce dispositif reste néanmoins insuffisant : de nombreuses femmes trans n’y ont toujours pas accès puisque la plupart d’entre elles déposent leurs demandes au-delà des 90 jours après leur arrivée sur le territoire, ne pouvant ainsi pas bénéficier de ces conditions matérielles d’accueil. Par ailleurs, celles qui y accèdent dénoncent l’absence de cadre sécurisant et la persistance de violences transphobes. 

Les savoirs des associations sur l’accueil des personnes trans doivent faire l’objet d’une reconnaissance en tant qu’expertise avérée, fondée sur des pratiques et des procédés communautaires. Ils doivent être employés, et systématisés, dans la formation des personnels d’accueil et d’accompagnement. Des moyens financiers pérennes doivent être alloués à la création de places véritablement spécialisées, capables de garantir un accompagnement digne et sécurisant.

La protection des travailleuses du sexe et la fin des politiques répressives

Les politiques publiques délétères en matière d’asile et d’immigration  ont déjà coûté la vie à des femmes trans par leur exclusion des dispositifs d’aide, laissant des communautés en deuil. En effet, un·e demandeur.euse d’asile est privé.e du droit effectif au travail, au mépris du droit européen. Bien qu’une allocation (l’Ada, d’un montant inférieur au RSA) devrait être versée en compensation, les nombreux refus ou décisions de cessation marginalisent des publics déjà précarisés par la situation d’exil. L’impossibilité d’accès à l’emploi légal et le manque de ressources amènent de nombreuses femmes trans exilées à exercer le travail du sexe comme un choix d’autonomie dans un contexte de survie. Des politiques abolitionnistes et moralisatrices aggravent leur précarité, les exposent à la violence policière et à l’exclusion des dispositifs d’aide. Ces politiques répressives doivent être stoppées de toute urgence, les droits de toutes les travailleuses du sexe ainsi que leur protection reconnus. 

Un accès plus efficace aux dispositifs de santé 

Une personne exilée ne peut demander l’ouverture de ses droits à la sécurité sociale qu’après trois mois de présence sur le territoire. Cette règle rallonge encore les délais de traitement anormaux des Caisses Primaires d’Assurance Maladie. Cette situation est dramatique pour les personnes trans suivant un traitement hormonal ou rétroviral, qui se voient souvent contraintes d’interrompre leur suivi ou de recourir à des réseaux informels. Cette rupture de soins a des conséquences graves sur la santé, tant physique que psychique : elle les expose notamment à une reprise de la charge virale ou au développement du sida, ainsi qu’à des déséquilibres hormonaux fragilisant profondément la santé mentale.

Des mesures doivent être prises sans attendre pour mettre fin au délai de carence et pour prendre en charge les soins dès l’arrivée sur le territoire, afin de garantir la continuité médicale essentielle à la santé et à la dignité de tous·tes.

Un examen de la demande d’asile adapté aux réalités multiculturelles 

Dans le parcours de demande d’asile, l’entretien à l’OFPRA constitue une étape décisive et éprouvante : celle où la personne exilée raconte son histoire – difficile, voire traumatique – pour justifier sa demande de protection. C’est un moment charnière où se joue son avenir administratif. Pour les personnes trans, cette épreuve est aggravée : elles doivent prouver leur transidentité selon des critères occidentaux, qui ne reflètent pas la diversité des expériences trans selon les contextes culturels et les parcours de vie. La conséquence directe peut être le non-octroi du statut de réfugié. L’OFPRA doit sans délai réadapter son cadre d’évaluation aux réalités multiculturelles, et abandonner le prisme occidentalo-centré qui invisibilise la pluralité des expériences trans à travers le monde.

Il est urgent que la France garantisse aux personnes trans exilées un accueil digne, des soins continus et le respect de leurs identités. Les associations de terrain continueront à porter cette exigence jusqu’à ce que la protection et la dignité des personnes trans exilées deviennent enfin une réalité.

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